Cinéaste camerounais et membre de l’Académie des Oscars depuis 2017 au sein de la section documentaire, Jean Marie Teno a patiemment bâti une œuvre majeure, marquée par la constance, l’engagement et un regard sans concession sur les sociétés camerounaise et africaines.
Depuis 1985, il produit et réalise des films qui interrogent l’Afrique coloniale et postcoloniale. Son travail se distingue par une approche originale des questions d’identité, de mémoire et de représentation, offrant une lecture critique et profondément personnelle de l’histoire africaine. Ses films ont été présentés dans de nombreux festivals internationaux et sont reconnus pour leur exigence artistique et politique.
Invité comme membre de jury dans plusieurs festivals, Teno a également été artiste en résidence et enseignant dans diverses universités africaines et américaines. Formateur expérimenté, il a animé de nombreux ateliers consacrés au cinéma documentaire et à la transmission des savoir-faire narratifs.
En 2017, il conçoit et met en œuvre au Cameroun Patrimoines-Heritage, un atelier de formation au cinéma documentaire et un programme d’éducation populaire dédié au patrimoine matériel et immatériel. Sa pédagogie s’appuie sur les ressources humaines et culturelles locales pour transmettre des techniques de récit qui valorisent, préservent et diffusent les savoirs endogènes.
En 2023, il initie la construction du La’a Lom, « la forge du village », un espace destiné à accueillir ses ateliers, à conserver ses archives filmiques et à valoriser les œuvres produites dans le cadre de Patrimoines-Heritage. Ce lieu prolonge son engagement pour un cinéma ancré dans les territoires, au service de la transmission, de la mémoire et de l’émancipation.

Né le 14 mai 1954, j’ai grandi dans une petite ville du Sud du Cameroun où mon père tenait une boutique. En 1959, j’entre à l’école primaire de la Mission catholique d’Akon, alors que le pays s’apprête à célébrer son indépendance. Tandis que les programmes scolaires demeurent imprégnés de l’héritage colonial, ma vie est marquée par le départ de ma mère, que je ne reverrai que six ans plus tard.
Le catéchisme obligatoire, avec son appel à la résignation, façonne durablement mon rapport au monde et m’éloigne des religions européennes. En 1965, j’intègre le Lycée Leclerc, où je traverse une scolarité chaotique d’adolescent livré à lui-même dans une grande ville. J’y découvre la violence des inégalités : certains camarades issus de l’élite politique accéderont plus tard aux plus hautes sphères du pouvoir, perpétuant pour beaucoup la prédation nationale.
Ce chaos forge ma conscience sociale et nourrit mon engagement. Il renforce surtout ma volonté d’agir aux côtés des plus vulnérables, dans les quartiers populaires comme dans les villages. De cette prise de conscience naîtra mon choix du cinéma : un moyen d’expression, un outil de sensibilisation et un levier de transformation sociale.

